Montréal sera comme la ville de Mexico dans 10 ans?
Manuel Castells dans Le pouvoir de l’identité : l’ère de l’information fait l’hypothèse que, depuis la fin des années 1970, tant au plan culturel, démographique, politique et environnemental, il y a eu des ruptures importantes avec le passé. Ces ruptures sont causées au départ par la révolution des technologies de l’information, qui a permis en la fusions de firmes, la fusions de groupes mafieux, d’accentuation et de pénétration des cultures dominantes dans les pays en voie de développement, etc. Sur le plan politique, la révolution de la technologie de l’information a rapproché les gouvernements, qui ont accentué les groupes de discussion interétatique ainsi que accentué la création d’organismes non gouvernementaux (financés par les gouvernements). Avec les accords de libre échange, ce genre d’organisme à « connotation » internationale financés par des gouvernements sont antidémocratiques, puisque les membres de ces organisations sont autonomes, ne relevant pas directement des élus ou de la population. De plus, la révolution de la technologie de l’information ainsi que l’ouverture du commerce (avec les accords de libre-échange) a favorisé la fusion des entreprises internationales tant légales que illégales, créant ainsi des entités plus puissantes que certains pays. Ainsi, le pouvoir tant politique que économique devient de plus en plus contrôlé à l’extérieur même du pays. Par le fait même, les pays riches, par le biais des ONG (Banque Mondiale, Fond Monétaire International) viennent en aide aux pays pauvres en leur prêtant de l’argent en échange d’un intérêt élevé ainsi que le suivi des règles des pays riches capitalistes. Par la suite, les pays riches pourront établir leurs entreprises dans ces pays et profiter de leurs ressources naturelles, de leur main-d’œuvre à bon marché et par la suite bénéficier des nouveaux marchés des nouvelles villes néolibérales qu’ils auront eu même créés. Le contrôle des peuples devient global plutôt que local. Dans plusieurs pays industrialisés, l’accroissement de la taille de l’État, conséquence de l’industrialisation, a créé un état trop gros et trop coûteux. Ainsi, la plupart des états se sont endettés. Dans le milieu des années 1980, on a vu naître un mouvement contestataire provenant de la population demandant aux gouvernements de rendre des comptes et de diminuer leurs dépenses. Ces gouvernements ont réagi et cherché des moyens pour réduire les dépenses de leur état respectif. L’hypothèse de Castells est que les états vont de plus en plus transférer leurs champs de compétence vers les municipalités, ces villes deviendront ainsi de plus puissantes dans un contexte de la mondialisation (augmentation des revenus, augmentation de l’immigration, augmentation de la diversité culturelle, etc.). Au Canada par exemple, les administrations des villes telles Vancouver, Calgary, Toronto et Montréal vont voir leur pouvoir considérablement s’accentuer. Et comme ce pouvoir politique est peu couvert par les médias, le pouvoir transféré aux municipalités deviendra presque invisible. Au Québec par exemple, les groupes mafieux prennent de plus en plus de pouvoir, puisqu’elles ont acheté des compagnies légales. Elles peuvent ainsi facilement blanchir de l’argent. Compte tenu que les systèmes de police sont peu adaptés au niveau type de criminalité (le crime économique) et que les gouvernements sont frileux s’attaquer à l’économie souterraine (causé par la peur de représailles et du fait que l’économie illégale est tout de même bonne pour l’économie par le biais du principe économique du multiplicateur), l’état perd de plus en plus de pouvoir face aux entreprises, le citoyen dans le système de démocratie représentative perd par le fait même aussi du pouvoir, on peut faire l’hypothèse que sans un changement de cap important au Québec, Montréal pourrait se retrouver dans les prochaines années un peu comme Mexico, une ville sous contrôle mafieux et entrepreneurial.